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Table des matières
Anatomie comparée des peuples d'Olympia
Préface
Ce livre se propose de donner des éléments de comparaison sur l’anatomie des peuples d’Olympia et sur les attributs qui en font leurs différences. Cet ouvrage scientifique a été écrit à partir des découvertes que j’ai obtenues au fil de nombreuses années de recherche.
Mon travail pouvant paraître controversé sur certains points, j’ai pris soin ma vie durant de cacher le réel sujet de mes expérimentations à mon entourage. Les âmes sensibles et autres justiciers qui foisonnent en ce monde n’auraient pas compris la remarquable contribution que ce travail apporterait à notre compréhension du monde et m’auraient sans doute fait quelques ennuis. C’est pourquoi je me décide à coucher sur papier les résultats de mon étude que parce qu’elle est enfin terminée. La vision globale de cette œuvre permettra aux plus circonspects de comprendre que certains maux sont parfois nécessaires à l’évolution de la civilisation.
Toutefois, en regard de son contenu, je suggère de ne pas mettre cet ouvrage entre toutes les mains, il se destine avant tout à un public d’érudits qui vouent leurs vies à la science et pour qui l’obtention de nouvelles connaissances justifie les moyens utilisés pour y arriver.
Note sur l'auteur
Même si je me garderai bien de donner mon nom, voici quelques éléments de ma vie qui vous permettront de mieux cerner ma personnalité et mes motivations.
Appartenant au peuple des Hommes Sauvages, j’ai bénéficié pendant plusieurs années d’un poste permanent de professeur à l’académie de magie. Ce travail me permettait, en plus de me fournir un raisonnable pécule, d’avoir un accès illimité aux ressources de l’immense bibliothèque de l’académie ainsi que de me fournir un lieu à l’abri des regards pour mes expérimentations.
La plupart de mes semblables vivent dans des abris construits en haut des arbres ou même parfois à l’intérieur lorsque ceux-ci le leurs permettent. L’académie de magie est un des rares bâtiments à avoir une emprise au sol. C’est également le plus grand de tous ceux-là. Le bâtiment est fait d’un assemblage hétéroclite de pierre, de bois et de torchis. Il s’agit d’une grande tour ronde constituée de plusieurs étages. Les étages inférieurs sont réservés au logement et à l’apprentissage des novices tandis que les étages supérieurs abritent la bibliothèque, joyaux de l’académie, et le logis des enseignants. Enfin l’édifice se termine par la volière, située au dernier étage. Le bâtiment possède également un sous-sol, bâti en pierre, regroupant des salles à l’usage divers : cellier, remise, salles de travaux pratiques et même cachots.
C’est ici que j’y ai établi mes quartiers. La capacité d’accueil du bâtiment étant bien supérieure à sa fréquentation, je me suis installé à l’endroit le plus miteux de l’académie, ce qui me garantit une certaine tranquillité. Je dispose donc à ma convenance de plusieurs salles dans lesquelles réaliser mes expériences ainsi que d’une chambre attenante. Celle-ci est plutôt rudimentaire, meublée seulement d’un lit et d’un petit bureau pour y rédiger mes comptes-rendus, mais elle me permet de surveiller les rares passages des autres résidents.
Pour en revenir au sujet initial, il se trouve que je suis un féru de sciences occultes. Les innombrables heures que j’ai passé dans la bibliothèque m’ont permis d’acquérir de nombreuses connaissances oubliées. Certaines parties de la bibliothèque, interdites au quidam, recèlent de trésors anciens. C’est ici que j’ai déniché quelques ouvrages de magie noire des plus intéressants. L’usage de ce type de magie est bien entendu formellement interdit et le fait que je m’en sois servi pour mes recherches me condamnerait probablement à l’échafaud mais comme je vous l’ai déjà dit précédemment, la fin justifie parfois les moyens.
Nous en arrivons donc à ma seconde passion : l’anatomie. Depuis mes plus jeunes années, je dissèque toutes sortes d’animaux et autres espèces légendaires. Je dispose désormais d’une belle collection de planches anatomiques (réalisées par moi-même ou acquises auprès de confrères) et les connaissances dans ce domaine ont bien évolué depuis mes débuts. Reste que certaines espèces sont encore très peu documentées. Je parle bien sur des peuples civilisés d’Olympia et ce livre se propose de remédier à ces lacunes.
Protocole de collecte
Pour garantir la représentativité des résultats, il est nécessaire de réunir pour chaque race, un panel de sujets d’étude comportant idéalement des mâles et des femelles. Cette phase de collecte représente donc une partie très chronophage de mes études. La principale difficulté de cette étape réside dans le fait qu’il est nécessaire de que je me procure des sujets vivants pour une partie de mes expérimentations. A cette intention, j’ai développé différentes stratégies de collecte.
La première d’entre elle nécessite l’usage d’un sortilège proscrit dont je vous parlais précédemment. La Compulsion permet d’obliger quelqu’un à faire quelque chose contre son gré. Ce sort est d’autant plus pratique que la victime ne se rend pas compte qu’elle est manipulée et la dissipation du sort ne lui laisse que quelques souvenirs diffus du temps passé sous contrôle. D’entre toutes les méthodes, c’est celle qui obtient ma faveur car elle évite d’avoir à se salir les mains ou d’avoir recours à d’habiles stratagèmes pour faire venir le cobaye jusque dans mes quartiers. Une fois le sujet sous contrôle de Compulsion, une simple suggestion nous transforme en compagnons de route jusqu’à arrivée à destination.
La technique a toutefois ces limites et je déconseille fortement de l’utiliser contre un autre magicien. Celui-ci pourrait bloquer l’attaque ou découvrir la nature de ce sort, ce qui serait encore plus désastreux que de rentrer bredouille. Dans cette situation, il sera nécessaire de faire disparaître au plus vite le fâcheux. Les personnes dotées d’une forte personnalité ou d’une forte volonté pourraient également résister et briser l’envoûtement par eux même. Pour ces cas-là, l’utilisation d’autres stratégies se révèle nécessaire.
La seconde méthode consiste à faire venir les sujets à l’académie en leur promettant ce qu’ils désirent. Cela peut passer par la promesse d’une bourse rondelette (pour les cupides et les miséreux), d’un philtre d’amour (pour les dames éconduites), d’un livre ancien (pour les collectionneurs et les érudits), etc… La méthode nécessite de s’adapter à son interlocuteur mais ne se révèle finalement efficace que sur les autochtones et les voyageurs de passage. Impossible de faire venir un Nain de Fort Turok par cette méthode, même en lui faisant miroiter un gros tas de gemmes. La distance à parcourir pour obtenir le sésame finit même par dissuader les esprits les plus avides.
La troisième voie est celle du rapt. Je n’utilise cette méthode qu’en dernier recours car elle comporte son lot de dangers et d’incertitudes. En premier lieu, il faut parvenir à faire main basse sur sa cible. La drogue ou l’ivresse sont les façons de faire les plus discrètes. Il faudra par contre avoir gagné au préalable la sympathie de sa victime pour l’amener à partager quelques choppes avec nous. La violence reste souvent la solution la plus pratique mais également la plus risquée. Je recommande d’attaquer par surprise et de laisser la cible dans un état agonisant, cela évite la plupart du temps d’avoir à subir de riposte.
Reste ensuite à s’assurer du transport du cobaye à travers tout Olympia. Là encore il faudra s’adapter à la situation. Il est possible de cheminer avec sa victime ligotée sur une mule en la faisant passer pour un forban que l’on va livrer à la justice du gouvernement local, mais ce stratagème fonctionnera assurément mieux avec un faciès balafré qu’avec le joli minois d’une dame. La charrette d’un paysan ou d’un tonnelier offre indubitablement plus de sécurité. Il faudra au préalable graisser généreusement la patte du pauvre hère en lui promettant le double à l’arrivée. Une seconde précaution est tout autant nécessaire pour éviter le réveil impromptu du chargement. L’ingestion d’une décoction de racine fourchue entraîne une paralysie totale des muscles. L’administration de ce breuvage toutes les six heures donnera l’assurance que la cargaison reste immobile et coite durant l’intégralité du voyage.
Matériel et méthodes
La présente étude se propose de comparer les spécificités anatomiques mais aussi les attributs physiques et magiques propres à chaque peuple d’Olympia. Si la dissection ne demande qu’un matériel plutôt sommaire (scie pour les os, lames au tranchant rasoir pour les tissus), certaines de mes expérimentations ont nécessité de réaliser des montages plutôt complexes qu’il convient que je vous détaille pour la bonne compréhension des résultats.
Attributs magiques
Les attributs magiques ont pu être quantifiés au moyen de deux expériences :
La première d’entre elle est également la plus complexe des deux. Celle-ci m’a permis de mettre en avant l’endurance à la magie. Le matériel est relativement simpliste quoique quelque peu onéreux : une chaise en bois agrémentée de liens en cuir et quelques pierres de mana fixée au plafond par des chainettes d’argent. Le protocole s’est révélé lui autrement plus compliqué à élaborer.
Le but de la manœuvre consiste ici à faire augmenter la pression magique autour de notre sujet d’étude jusqu’à atteindre les limites que son corps soit en mesure de supporter. Elles se traduisent généralement par un évanouissement mais il arrive également que les conséquences soient plus définitives. Les pierres de mana jouent ici un rôle d’amplificateur. Le métal constitutif des chaines de fixation exerce également une influence que je ne parviens pas encore à expliquer. L’acier et le bronze semblent altérer la puissance du cristal tandis que l’argent le plus pur permet au contraire d’exprimer son plein potentiel. J’aurais aimé soumettre ce problème à un alchimiste, mais la discrétion dont je dois faire preuve m’en empêche. Le cercle de rune gravé au sol joue lui un rôle de catalyseur. Cette enchantement, extrait d’un très ancien livre d’origine naine, permet de faire converger la puissance magique au centre de ce cercle.
Il suffit ensuite de canaliser quelques flux magiques à travers les cristaux, et le sujet se trouve immédiatement soumis à une forte pression magique. La puissance du lanceur est d’ailleurs sans importance, seul le nombre de cristaux entourant la cible compte. Il ne reste alors qu’à répéter l’expérience en augmentant petit à petit le nombre de cristaux, jusqu’à atteindre les limites physiologiques du sujet.
La méthode, appliquée comme telle, permet de quantifier la force mentale de la cible. Par réflexe, le sujet opposera une barrière mentale pour contrer la pression magique et son corps ne ressentira la pleine mesure de cette force que lorsque ses défenses seront mises à bas. Nous pouvons atteindre dans ce cas un nombre élevé de cristaux, et le corps aura souvent du mal à encaisser l’afflux soudain de magie qui déferle sur lui une fois son esprit vaincu. Le pourcentage de trépas se révèle alors assez élevé.
Pour éviter cette déconvenue, il est possible de placer sur le crâne du cobaye une calotte métallique. L’intérieur ce cette calotte est tapissée de fines pointes qui s’enfoncent légèrement dans le cuir chevelu tandis qu’un cristal de mana taillé en pointe est enchâssé dans sa partie supérieure. Celui-ci fonctionne comme un récepteur et permettra de passer outre les barrières mentales. La pression magique s’exerce alors sur le corps dès l’ajout du premier cristal et augmente graduellement avec le nombre. En comparaison de la méthode initiale, le nombre de cristaux nécessaires diminue drastiquement tandis que le taux de survie du cobaye augmente. Cette méthode permet de quantifier ce que j’appelle la résistance magique.
Le contraste des résultats obtenus pour ces deux attributs m’autorise à penser que je suis dans le juste et que je touche du doigt quelque chose qui pourrait révolutionner notre compréhension de la magie.
Une seconde expérience, beaucoup plus triviale, consiste à faire ingérer au sujet une certaine quantité de pierre de mana concassée. Cette dernière, une fois dans l’estomac, permet de qualifier la capacité du corps à stocker la magie. J’ai nommé ce troisième attribut, la capacité magique.
Pour se faire je prépare un brouet à partir des ingrédients suivants : une pierre de mana (5 carats) finement broyée en poudre, un posson de flocon d’avoine et quelques feuilles de sauge divinatoire. En plus d’assaisonner, la sauge à l’avantage d’accélérer l’absorption de la magie. La mixture, bien que peu engageante, est finalement plus insipide qu’infecte. Après la privation du voyage consécutive à leur capture, les cobayes ne se font en général pas prier longtemps avant de commencer à manger de bon cœur. Il convient toutefois de brider leur appétit et de faire une pause après chaque dose pour laisser à leur corps le temps d’absorber la charge magique. Lorsque le corps dépasse sa capacité de stockage maximale, la régurgitation sonne généralement la fin de l’expérience. L’overdose conduit parfois au décès, c’est pourquoi il est préférable d’échelonner les quantités ingérées.
Attributs physiques
Pour caractériser les attributs physiques de mes sujets d’étude, j’ai également mis au point quelques tests physiques.
Le premier, on ne peut plus simpliste, consiste à faire soulever aux individus des poids au-dessus de leur tête. Le montage consiste en une solide barre d’acier sur laquelle on vient fixer des pierres rondes calibrées aux extrémités. La promesse d’un repas à hauteur de la masse soulevée suffit généralement à obtenir de bon gré le concours des cobayes. Cette expérience permet bien entendu de mesurer la force physique. Comme il s’agit de la moins traumatisante, c’est la première expérience que j’effectue avec mes cobayes, ce qui permet dans un premier temps de les rassurer quelque peu.
La seconde expérience m’a été très largement inspirée par un érudit Olympien du nom de Casin Nevatov. Ce brillant chercheur a mis au point un système de treuil permettant d’appliquer une force calibrée équivalente au poids d’une masse morte de valeur connue. En d’autres termes, un tour de manivelle correspond à la force appliquée par une masse de 100kg, deux tours à celle d’une masse de 200kg, etc… Le treuil possède en outre un système de cliquets anti-retour permettant de fixer la force à un équivalent-masse de 10 kg. Ce cher confrère a également donné son nom à l’unité permettant de quantifier cette force. Ainsi la force exercée par une masse de 100 kg correspond à une valeur de 1 000 Nevatov (ou 1 000 N).
Je me suis procuré à grand frais ce treuil, ce qui m’a permis de mettre au point cette seconde expérience. Le sujet d’étude est lié par la taille à une table. Ses pieds et une de ses mains y sont également attachés. Sa main libre est quant à elle reliée par une corde au treuil. La manivelle est ensuite tournée lentement jusqu’au point de rupture des muscles et des tendons. Cette méthode permet de caractériser la résistance physique. Après arrachement du membre, il convient de cautériser au plus vite la plaie pour préserver l’intégrité du cobaye en vue de la prochaine étape.
La dernière expérience a pour objectif de mesurer la quantité de fluide vital. La méthode consiste simplement à trancher l’artère fémorale du sujet d’étude et de recueillir son sang dans un seau. La quantité de sang perdue avant décès permet de mesurer sa vitalité. Il s’agit bien évidemment de la dernière étape avant de passer à la dissection.
A la froide lecture de ces lignes, vous penserez sans doute que je suis un être cruel. Il est vrai que la roue de la connaissance tourne en écrasant parfois des innocents sur sa route. Et pourtant, il est nécessaire qu’elle continue à tourner. Malgré tout ce que vous penserez, je ne me complais pas à contempler la souffrance d’autrui et il arrive que j’abrège moi-même la souffrance d’un cobaye à l’agonie. Il suffit dans ce cas-là de poser sa main sur le cœur du moribond et d’envoyer une impulsion magique foudroyante à contretemps des pulsations cardiaques pour arrêter le cœur aussi sûrement qu’une dague en pleine poitrine, les éclaboussures en moins. Il est d’ailleurs assez étonnant de voir à quel point la frontière entre la vie et la mort est fine, car le même procédé appliqué sur un cadavre encore chaud permet parfois de le faire revenir à la vie. Malheureusement, ces revenants conserveront souvent quelques séquelles de leur voyage dans l’au-delà.
Et enfin pour clore ce chapitre, certaines expériences pouvant se montrer bruyantes, il a été nécessaire que je m’assure de de l’insonorisation des lieux afin de préserver le secret de mes travaux. Un sortilège tissé à même les murs et maintenu par des gardes magiques aux quatre coins de la pièce m’assure qu’aucun son malvenu n’atteigne les oreilles des autres résidents.
